"It was the best of times, it was the worst of times..."
Charles Dickens. A Tale of Two Cities.


dimanche 23 novembre 2008

Réalisme socialiste


J'ai visité ce matin la nouvelle galerie Tretiakov, qui abrite les oeuvres des peintres russes du XXe siècle.
La galerie a son siège dans un imposant bâtiment de l'époque soviétique tout en lignes géométriques, qui remplissait autrefois la double fonction de lieu d'exposition et de palais des congrès.
Après avoir regardé avec attention les néo-primitivistes, nous parcourons les autres salles au pas de gymnastique jusqu'aux années 20 car c'est pour voir l'art de l'époque soviétique que je suis venu.
Premier constat: cet art, même pendant la période réaliste-socialiste au sens strict, n'a pas l'homogénéité qu'on lui a souvent prêtée.
Dans les années 20, on assiste certes à un retour du figuratif et à l'apparition d'une peinture disons politique, mais ce n'est pas seulement parce que les artistes se conforment à des injonctions venues d'en haut. On sent bien qu'un certain nombre de peintres partagent authentiquement les espoirs de renouveau que la Révolution a suscités. Et l'on constate par ailleurs que, même figurative, leur peinture ne renonce pas pour autant à des recherches formelles, qui peuvent prendre des directions très différentes chez les uns et les autres.
On a donc des tableaux exaltant l'industrialisation etc., mais ils n'ont pas tous, loin de là, l'emphase creuse d'un article de la Pravda. Au-delà de l'industrialisation et de la construction du socialisme, c'est d'ailleurs à une célébration de la modernité, d'un certain idéal de la modernité qu'on a affaire: célébration de la machine, de la vitesse (certains tableaux évoquent les recherches de certains futuristes italiens ayant pour thème l'automobile, le train etc.), du corps sain, du sport (une magnifique sculpture représente deux footballeurs saisis en une sorte de tackle tourbillonnant avec une vigueur assez impressionnante).
Certes, on sent bien que l'imposition du canon réaliste socialiste au milieu des années de 30 va brider cette créativité, mais sans parvenir à l'annihiler entièrement. Heureusement, même sous le pire des régimes, chacun dans son domaine réussit à négocier des compromis, à trouver des échappatoires etc. Si l'on excepte les croûtes représentant Staline dans un style tellement pompier qu'il en frise la caricature, bien des tableaux du réalisme socialisme gardent une touche personnelle par quoi ils appartiennent de plein droit à l'histoire de la peinture. (Il serait intéressant de voir s'il en est de même en littérature, j'avoue ne pas connaître la littérature réaliste-socialiste, sinon par ses caricatures).

Illustration ci-dessus: Laktionov, Une lettre du front, 1947.

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