C’est donc aujourd’hui la fête des femmes.
On ne peut que s’en réjouir pour elles.
C'est en effet la moindre des choses que, dans un monde que le féminisme a rendu invivable pour elles avant tout, en ajoutant aux sujétions propres à leur sexe (séduire, enfanter, materner) toutes celles qui s’attachaient traditionnellement à la condition masculine (performances, concurrence, maîtrise de soi etc.), les femmes puissent, au moins une fois par an, disposer d’un petit moment pour elles et entre elles.
On verra donc ce soir, dans les restaurants du monde entier, des tablées de quatre ou cinq femmes sur leur trente-et-un trinquer en s’échangeant des brins de mimosa.
Un peu plus tard, on entendra leurs gloussements un peu forcés, censés signifier leur joie de vivre et d’être femme.
Viendra, en milieu de soirée, le moment où elles se demanderont des nouvelles de machine et de machine, amies communes mais absentes, s’enquérant si machine est encore avec machin, et machine avec machin.
Il y aura un silence quand on aura constaté que machine et machine ne sont plus avec machin et machin, mais que machine n’a jamais été aussi bien, qu’elle voyage, elle a même été au Laos toute seule, et que machine, elle, prend des cours de photographie argentique et s’est remise au volley-ball.
Deux d'entre elles se lèveront pour se rendre aux toilettes.
L’une des deux, qui aura mis pour l’occasion des talons auxquels elle n’est pas habituée, manquera de tomber dans l’escalier en revenant des toilettes, et elles retourneront s'asseoir en riant à gorge déployée de cet amusant incident.
Autour du pousse-café, on tiendra des propos égrillards ; les gloussements se feront plus stridents. On parlera à mots couverts de fellation, et chacune aura un épisode amusant à raconter. On s’essuiera avec sa serviette de table les larmes que les fous rires de rigueur auront provoquées.
Il s’ensuivra un nouveau silence, plus long que le précédent.
L’une consultera l’heure sur son téléphone portable, et dira qu’il est temps pour elle d’y aller, car elle commence tôt le lendemain.
Alors, après avoir réglé l'addition en parts égales, on se lèvera dans un bruit de chaises.
Ce faisant, celle qui avait glissé dans les escaliers se tordra à nouveau un pied à cause de ses talons, se retenant de justesse au dossier d'une chaise.
Elle dira : Décidément !
On rira.
On se quittera alors, par un temps frisquet, sous l'enseigne au néon du restaurant qui accusera cruellement tout à coup les imperfections de la peau que la lumière tamisée de la salle avait pudiquement dissimulées au regard. On se dira qu’on a passé une bonne soirée en se donnant rendez-vous pour l'année prochaine.
Bonne fête!