"It was the best of times, it was the worst of times..."
Charles Dickens. A Tale of Two Cities.


samedi 22 novembre 2008

Du look


Ce qui est reposant pour les yeux et pour l'esprit ici, c'est qu'il y a encore une foule de gens qui n'ont pas le souci de leur "look". Beaucoup de gens peuvent être soit débraillés, soit endimanchés ; ils ne sont pas lookés.
La souci du look, c'est autre chose que la recherche de l'élégance. La fonction de parure du vêtement est universelle, il n'est que de voir la place qu'elle occupe en ethnologie. Mais le look n'est pas la parure. C'est quelque chose d'autre, de plus complexe, qui a partie liée avec l'individualisme moderne. Pour faire très vite, c'est quelque chose de paradoxal, comme une affirmation grégaire d'identité. C'est surtout quelque chose de bavard. De bavard et de muet à la fois. D'un mutisme bavard, ou le contraire. On peut dater le début de l'ère du look de l'apparition des cheveux longs chez les jeunes protestataires des années 60. Pasolini leur a consacré des articles féroces, où il exprimait toute sa détestation, presque physique, même pas presque: proprement physique, de ce que ce la mode des cheveux longs représentait.
J'ai eu quelques années les cheveux longs à la fin des années 70, par mimétisme générationnel, mais j'ai eu tôt fait de m'apercevoir de tout ce que la notion de look elle-même avait de profondément idiot. Je me souviens de camarades de classe autour de moi, cherchant pathétiquement leur identité entre punk, Rock-A-Billy et mod. Encore la notion de look était-elle liée à l'époque aux contre-cultures. Bientôt, au cours des années 80, elle a fusionné avec l'industrie de la mode (confluence qu'on retrouve dans d'autres domaines: c'est la rencontre, en fait pas très étonnante, on pourrait dire les retrouvailles, de deux avatars individualistes, l'avatar libertaire et l'avatar consumériste). Maintenant, la culture du look est omniprésente, avec sa décontraction apprêtée, cette cool-attitude qui dissimule le profond conformisme et la rigidité mentale qui sont la vérité de tous ces individus sans âme.
Je pense qu'il faut offrir le moins de surface possible à cette foire des vanités. Il faut cultiver une sorte de neutralité invisible en matière d'habillement, ne surtout rien vouloir dire par la façon dont on s'habille. Dans un tout autre contexte culturel, Brodsky raconte qu'il y avait chez lui et ses amis, dans la Russie des années 60, ce même parti-pris de neutralité vestimentaire, cette même façon délibérée de se fondre dans la masse, de ne pas faire de la façon dont on s'habille une déclaration.

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