"It was the best of times, it was the worst of times..."
Charles Dickens. A Tale of Two Cities.


jeudi 6 novembre 2008

La presse en Russie


Dans le métro, quelques personnes, peu à vrai dire, lisent le journal. Il s'agit pour l'essentiel de journaux qu'on appellerait "tabloid" en Angleterre: journaux à scandales, ou décrivant par le menu des crimes sordides ou les frasques de célébrités nationales et internationales. Il existe des journaux sérieux, mais, rapporté à la population du pays, leur tirage est minuscule. D'après Nastia, la désaffection des Russes pour la presse s'explique par le souvenir de la langue de bois qui avait cours dans la presse soviétique, et elle reflète le désintérêt plus général des Russes pour la politique. On observe d'ailleurs la même chose en Ukraine: j'étais à Kiev lors de la campagne électorale pour les municipales en mai dernier. Aucun discours articulé, aucun militantisme véritable. Des stands des différents partis, installés un peu partout dans le centre de la ville, se contentaient de diffuser de la musique disco, entrecoupée de temps en temps d'un ou deux slogans d'un simplisme effarant, consistant le plus souvent à accuser les adversaires de corruption etc. Les Russes, pour la plupart, et c'est étonnant (enfin, peut-être pas tant) pour un peuple qui a été, de gré ou de force, si politisé pendant 70 ans, s'en foutent de la politique. Ils la perçoivent comme quelque chose de lointain. La seule chose qu'ils demandent à leurs gouvernants, c'est d'assurer le maintien de l'ordre. La période Eltsine reste pour beaucoup un cauchemar, le règne de l'anarchie, et les Russes savent gré à Poutine d'avoir rétabli l'ordre, comme ils lui sont reconnaissants aussi d'avoir redonner du lustre sur la scène internationale à la Russie humiliée des années 90. Pour cela, ils sont prêts sans états d'âme à fermer les yeux sur les procédés un peu expéditifs du pouvoir.
Pour en revenir à la presse, un exemple entre tous pour illustrer l'état dans laquelle elle se trouve en Russie: le glorieux Moskovski Komsomolets, organe des jeunesses communistes à l'époque soviétique, a dû, pour survivre, comme beaucoup de titres du temps de l'URSS, se transformer en une espèce d'Ici-Paris à la russe, presque exclusivement consacré aux faits divers. Il continue de paraître sous le même titre qu'autrefois, même si évidemment son contenu rédactionnel n'a plus rien à voir ni de près ni de loin avec le Komsomol, qui d'ailleurs n'existe plus. Chassez le réel, il revient au galop. Des années durant, la presse soviétique ne rendait pas compte de la société telle qu'elle était, mais telle qu'elle aurait dû être aux termes du plan quinquennal en cours (je simplifie évidemment pour les besoins de la démonstration). Le goût du fait divers trahit, de façon grotesque j'en conviens, un désir de réalité demeuré trop longtemps inassouvi.

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