"It was the best of times, it was the worst of times..."
Charles Dickens. A Tale of Two Cities.


mercredi 26 novembre 2008

Méditations à la Gibbon



Arpentant les rues de la capitale de la "troisième Rome", mes méditations font parfois écho à celles d'Edward Gibbon, chroniqueur des destinées de la première. Ce matin, après avoir laissé Nastia, qui a un rendez-vous, à la station Kroptokinskaia, mes pas me portent vers la Place Rouge. Un peu partout, le personnel de la voirie s'affaire pour déblayer la neige qui est tombée hier. (Les services de déneigement sont extrêmement rapides et efficients). Comme la température a connu un léger redoux dans la nuit, une partie de la neige a par ailleurs fondu, si bien qu'on patauge un peu, et qu'il faut parfois faire des détours pour éviter de larges flaques. Place du Manège, devant l'entrée de la Place Rouge, on a dressé ces derniers jours un immense arbre de Noël à côté de la statue équestre de Joukov, dont la monture est figée pour l'éternité dans une étrange posture qui semble défier les lois de l'anatomie équine. Alors que je m'apprête à rejoindre la place, j'aperçois un vieil homme qui propose aux passants un journal que je reconnais immédiatement comme étant la Pravda. Curieux, je m'approche, un billet de 100 roubles à la main. Il est presque entièrement édenté et une barbe hirsute et jaunie lui mange le visage. Je lui achète un exemplaire. Alors que je poursuis mon chemin vers la Place Rouge, je médite bien évidemment sur la grandeur et la décadence des aventures humaines: ce journal qui était naguère l'organe officiel du régime, et dont le tirage atteignait 12 millions d'exemplaires, voilà maintenant qu'il se vend presque sous le manteau. Son tirage actuel, si j'en crois l'indication figurant sur la dernière de ses quatre pages, est de 100 000 exemplaires. Je me dis aussi que ce journal, détestable quand, s'appuyant sur tout un appareil d'Etat, il prétendait être la voix même de la Vérité, devenu aujourd'hui le bulletin d'une minorité, fût-ce une minorité aux nostalgies parfois impures, a peut-être une fonction salutaire à jouer dans la Russie d'aujourd'hui vouée à l'argent-roi.

Aucun commentaire: