"It was the best of times, it was the worst of times..."
Charles Dickens. A Tale of Two Cities.


dimanche 30 novembre 2008

L'ivresse du voyage

J'ai donc quitté Moscou pour Berlin hier par le train de 8 heures du matin.
Quand nous sortons à 6 h 30 pour nous rendre à la gare Bieloruskaïa, dont part mon train, il fait encore nuit, et les rues sont presque désertes. Un homme fume sa clope debout à côté de sa vieille Lada dont il est en train de faire tourner le moteur, c'est une image ordinaire ici à cause du froid.
Malgré l'heure matinale, les rames de métro sont déjà remplies. A la station Bieloruskaïa, où nous descendons, je remarque au plafond des mosaïques en style réaliste socialiste d'un assez bel effet. La station dans son ensemble est l'une des plus somptueuse que j'aie vue.
Le train part à l'heure prévue. Le début du voyage est marqué par un incident. L'un des passagers de notre wagon, un type d'une trentaine d'années au type causasien, est déjà complètement ivre. Il marche en tanguant dans le couloir. Il s'approche des passagers les uns après les autres non pas tant pour engager la conversation que pour trouver un auditoire à son soliloque incohérent. A un moment donné, il vient vers moi. Il les yeux mi-clos et le regard éteint du buveur de vodka. Il m'explique en russe qu'il est ingouche, puis tchétchène, me montre sur son téléphone portable de petits films de ses enfants en bas âge et de sa femme. Il disparaît bientôt en direction du wagon-restaurant, dont il revient encore plus ivre une heure plus tard. Il me dit qu'il a bu dix vodkas entre-temps. Il va et vient d'un wagon à l'autre, revient bientôt dans mon compartiment une bouteille de bière à la main, dont il renverse bientôt la moitié sur le tapis. Je lui dit d'aller demander au provodnik de nettoyer, car sinon ça risque d'empuer le compartiment. Comme il ne bouge pas, je vais moi-même chercher le provodnik. Il finit par avoir une altercation violente avec une autre passagère, ce qui décide les provodniki à appeler la police. A la station suivante, deux miliciens biélorusses viennent le prélever. Le provodnik, qui sait que je suis Français, s'approche alors de moi et me dit, d'un air blagueur: "Vous voyez, vous autres Français, qui aimez tant les Tchétchènes...".
Toujours est-il que l'ambiance redevient plus propice à la lecture.
Mon compagnon de voyage, Vladimir, est quant à lui un garçon charmant. Nous arrivons plus ou moins à converser dans un mélange de russe et d'allemand, dont il connaît quelques mots. De taille plutôt petite, il a un physique sec et noueux, une bonne bouille de Russe du peuple, les yeux bleus et deux ou trois dents en moins sur les côtés. Il a 44 ans, il vient de Tomsk, en Sibérie, où je crois comprendre qu'il est maçon (il dit "Stein" et mime l'action d'empiler). Il est déjà en route depuis trois jours demi, le temps qu'il faut pour parcourir en train les 3000 km qui séparent Tomsk de Moscou. Il va rendre visite à sa soeur, qui habite une bourgade au bord de la mer du Nord dont j'ai oublié le nom et qui est mariée à un Allemand. Il a emporté un petit guide de conversation russe-allemand qu'il étudie avec application.

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