"It was the best of times, it was the worst of times..."
Charles Dickens. A Tale of Two Cities.


mardi 8 mars 2011

La violence fête aux femmes

C’est donc aujourd’hui la fête des femmes.

On ne peut que s’en réjouir pour elles.

C'est en effet la moindre des choses que, dans un monde que le féminisme a rendu invivable pour elles avant tout, en ajoutant aux sujétions propres à leur sexe (séduire, enfanter, materner) toutes celles qui s’attachaient traditionnellement à la condition masculine (performances, concurrence, maîtrise de soi etc.), les femmes puissent, au moins une fois par an, disposer d’un petit moment pour elles et entre elles.

On verra donc ce soir, dans les restaurants du monde entier, des tablées de quatre ou cinq femmes sur leur trente-et-un trinquer en s’échangeant des brins de mimosa.

Un peu plus tard, on entendra leurs gloussements un peu forcés, censés signifier leur joie de vivre et d’être femme.

Viendra, en milieu de soirée, le moment où elles se demanderont des nouvelles de machine et de machine, amies communes mais absentes, s’enquérant si machine est encore avec machin, et machine avec machin.

Il y aura un silence quand on aura constaté que machine et machine ne sont plus avec machin et machin, mais que machine n’a jamais été aussi bien, qu’elle voyage, elle a même été au Laos toute seule, et que machine, elle, prend des cours de photographie argentique et s’est remise au volley-ball.

Deux d'entre elles se lèveront pour se rendre aux toilettes.

L’une des deux, qui aura mis pour l’occasion des talons auxquels elle n’est pas habituée, manquera de tomber dans l’escalier en revenant des toilettes, et elles retourneront s'asseoir en riant à gorge déployée de cet amusant incident.

Autour du pousse-café, on tiendra des propos égrillards ; les gloussements se feront plus stridents. On parlera à mots couverts de fellation, et chacune aura un épisode amusant à raconter. On s’essuiera avec sa serviette de table les larmes que les fous rires de rigueur auront provoquées.

Il s’ensuivra un nouveau silence, plus long que le précédent.

L’une consultera l’heure sur son téléphone portable, et dira qu’il est temps pour elle d’y aller, car elle commence tôt le lendemain.

Alors, après avoir réglé l'addition en parts égales, on se lèvera dans un bruit de chaises.

Ce faisant, celle qui avait glissé dans les escaliers se tordra à nouveau un pied à cause de ses talons, se retenant de justesse au dossier d'une chaise.

Elle dira : Décidément !

On rira.

On se quittera alors, par un temps frisquet, sous l'enseigne au néon du restaurant qui accusera cruellement tout à coup les imperfections de la peau que la lumière tamisée de la salle avait pudiquement dissimulées au regard. On se dira qu’on a passé une bonne soirée en se donnant rendez-vous pour l'année prochaine.

Bonne fête!


13 commentaires:

OPTIMISTA MALGRETUM a dit…

Dommage qu’il n’existe pas la journée des hommes. Je me serais fait un plaisir à décrire dans les moindres détails une soirée masculine de bons potes qui se réunissent, soirée en général si subtile, si poétique, si fine disons le...

Rappelons tout de même que la journée DE LA femme (à l’origine la journée DES DROITS des femmes) dont nous fêtons cette année la 101ème édition, était censée célébrer avant tout la lutte des femmes pour l’obtention de droits fondamentaux et non le gloussements de femelles en talons hauts.

Qu’aujourd’hui cette journée soit devenue une sorte de fourre-tout féministe nous sommes d’accord, qu’elle soit l’occasion de sondages complètement crétins sur qui fait la vaisselle dans le couple, qu’elle donne lieu à la parution d’articles débiles sur la place de la femme dans la finance, nous sommes encore d’accord. Que Robert offre des fleurs à Germaine ce jour là pour la remercier d’être une femme (elle est quoi les 364 jours restants ?) confine à la crétinerie et à la pire mièvrerie.

Mais la femme qui ne se reconnaît ni dans la copine du restaurant, ni dans Germaine, la femme qui souhaite avant tout être reconnue comme humain sans excès liés à son sexe, ni en deçà, ni au-delà des hommes, celle qui travaille aujourd’hui et gère son compte bancaire sans avoir eu à en demander l’autorisation à son époux, celle qui dispose librement de son salaire, celle qui vote, celle qui prend sa pilule contraceptive du soir afin de n’avoir pas à subir un avortement (même légalisé), cette femme qui a l’impression au fond d’avoir obtenu les droits essentiels à une digne existence, serait bien ingrate de profiter chaque jour de cette liberté là sans rendre hommage aux luttes de ses aînées.
L’excès hystérique d’une certaine forme de féminisme qui dessert terriblement les femmes, ne doit pas faire oublier qu’il y avait une lutte réelle à mener.

Donc, j’attends de vous, Maratele, une autre vue des soirées entre copines, une soirée de filles en converse, sans gloussements, sans rires bêtes, des filles qui ne s’essuient pas le coin de l’oeil avec une serviette, des filles qui parlent de fellations assumées avec une voix assurée dans la plus pure dignité, au milieu de rires francs...

AG n° EVD069 a dit…

oh lala si on peut même plus rigoler

OPTIMISTA MALGRETUM a dit…

C'est, Maratele, que je sais que derrière votre provocation légendaire et votre rire étouffé, se cache une part de misogynie bien réelle, un petit mépris gentil pour la faible race que nous sommes !!!

AG n° EVD069 a dit…

Mais, chère Optimista Malgretum, une certaine misogynie bien tempérée (et que bien des femmes intelligent expriment de façon bien plus vacharde que moi) n'a jamais fait de mal à personne à mon avis, et certainement pas autant que la gluante philogynie affichée par certains de mes contemporains.
Après, si l'on veut parler de la question de l'égalité des droits, elle me semble évidemment aller de soi, et elle est acquise. Mais qu'on arrête de me pomper l'air avec des statistiques bidon sur les violences faites aux femmes, ou des contes sur le paradis sur terre dont l'avènement serait paraît-il assuré si seulement les femmes étaient au pouvoir, et autres âneries du même tonneau.

OPTIMISTA MALGRETUM a dit…

Cher Maratele, votre inconscient vous a poussé à écrire "et que bien des femmes intelligent"...cela prouve à quel point votre plume se bloque lorsqu'il s'agit d'associer ces deux mots ! Pour le reste je suis bien d'accord avec vous et rien n'est plus drôle qu'une blague antisémite lorsqu'elle est racontée par un juif, une blague raciste par un noir, et une blague anti-féministe par une femme ! Alors, attachez-vous à nous faire un bon article sur les travers masculins et je vous promets de débiner les femmes comme vous ne l'oseriez même pas vous même !

AG n° EVD069 a dit…

Chère Optimista Malgretum,
je ne suis pas si certain que cela que les blagues antisémites me fassent rire, même racontées par un juif, ni les blagues contre les noirs, fussent-elles racontées par des noirs. Car le doute me vient toujours dans ce cas-là que la personne qui raconte la blague en question le fait pour capter la bienveillance d'un auditoire quand même un peu antisémite ou raciste.
Or, il en va tout autrement en ce qui concerne la misogynie, et l'assimilation de celle-ci à une forme de racisme est l'une parmi tant d'autres des fraudes intellectuelles affligeantes propagées par le féminisme. La nature même a fait de la relation homme-femme une relation faite d'attirance et de conflit, et il en sera ainsi tant que les hommes et les femmes seront des hommes et des femmes et non pas ces mutants dénaturés qu'on essaie de fabriquer au nom d'idéologies mortifères. Une femme qui reconnaît les travers de son sexe est donc une femme forte, capable d'ironie, et non pas une pauvre opprimée cherchant à complaire à son oppresseur. Le contraire est évidemment tout aussi vrai, un homme doit être capable de reconnaître les défauts communs de ses congénères.

OPTIMISTA MALGRETUM a dit…

Le lion est un gros con lâche et couard. (…) La plupart du temps, le lion ne chasse pas lui-même. Il n’a pas que ça à faire. Il dort. Il laisse à sa femelle le soin de chasser à sa place, ou bien il se planque derrière elle pour ne pas prendre un mauvais coup de patte de gnou dans ses nobles couilles royales.

Pierre Desproges

AG n° EVD069 a dit…

Malgré toute ma sympathie pour Desproges, je n'arrive pas à saisir le lien entre son assertion initiale et la description qui est censée l'illustrer.
En quoi le fait de se la couler douce en attendant que le repas soit prêt fait-il de quelqu'un un con et un couard?
Moi, tout cela me le rend plutôt sympathique le lion. Je lui trouve un je ne sais quoi de bouddhique qui me sied bien. Un être enfin débarrassé du préjugé du primat de l'action. Et je me demande d'ailleurs si, laissé à lui-même, le lion ne finirait pas par devenir végétarien. Alors que, laissée à elle-même, on peut penser que la lionne, au bout de quelques dizaines de millénaires d'évolution, finirait par courir les soldes et fêter le 8 mars, si bien que même la savane retentirait ce jour-là des gloussements dont il était question plus haut.

OPTIMISTA MALGRETUM a dit…

Maratele n’abandonne jamais la partie...et comme son art de la rhétorique n’est plus à démontrer, il s’amuse à rebondir sur les arguments de ses adversaires, ne piochant que ceux qu’il a envie de traiter, balayant les autres de l’indifférence ou d’un vague «c’est même pas la peine d’y revenir tellement c’est évident...»

On est tenté d’abdiquer devant ses démonstrations de pensées et de style, mais c’est justement parce que Maratele veut à tout prix le dernier mot, qu’il faut continuer à se battre.

Prenons en exemple le dernier texte : un lion bouddhique et végétarien face à une lionne complètement frivole qui court chez H et M avec des gloussements de dinde...

On imagine bien en effet le lion bonhomme, zen qui renonce à son steak de gazelle sans élever le ton, le Muphasa qui se dit «bah si Sarabi veut plus aller au rayon viandes fraiches de chez Carrouf, je vais pas lui faire un flan, je vais me mettre aux carottes Bio». Car comme chacun le sait, Muphasa est hyper cool (rappelons qu’il est quand même capable de dire à la mère de son enfant, dans le film autobiographique qui a lui a été consacré : «avant le lever du jour c’est TON fils (en parlant de Simba) », genre je m’en occupe pas avant de m’être englouti mon zèbre matinal, donc t’es gentille gère le petit le temps que j’émerge... (cf. scène 2 du long-métrage consacré à la vie de Muphasa, 1994).

Dans le même film, à aucun moment il n’est question de Sarabi gloussant avec ses copines lionnes, dans les rayons du Monoprix. On remarque, au contraire une Sarabi de caractère, assumant complètement son rôle de mère et d’épouse, chassant dans la Savane après avoir accompli son devoir maternel de nettoyage d’oreilles du petit Simba, participant aux réunions citoyennes en haut du rocher, une Sarabi impliquée dans la vie de la cité, épanouie et pas écervelée pour un sou. (cf. scènes 4.9.13.17 du long-métrage consacré à la vie du Muphasa, 1994)

Et que fait Muphasa ?

Ce crétin des Alpes, tombe dans le piège grossier que lui tend son frère Scar (lequel n’a pas supporté la naissance du petit Simba puisqu’elle anéantit à tout jamais son espoir de régner) et va s’éclater d’un rocher et se faire piétiner par des gnous, comme une véritable merde.

Simba se croit coupable, se barre (bonjour le courage) pendant que Sarabi doit se démerder seule pour gérer la maison (plus de mari, plus de fils et pas de pension de réversion) sous le joug de Scar qui se la pète depuis qu’il est chef.

Et qui va convaincre Simba le pleutre de revenir au pouvoir, de montrer qu’il est un homme, enfin ?

Nala, sa petite copine d’enfance.

Alors si ça c’est pas une démonstration prompte à clore DEFINITIVEMENT le débat, si à cela Maratele à quelque chose à répondre, j’annonce dores et déjà que c’est de la PURE MAUVAISE FOI.

AG n° EVD069 a dit…

Chère Optimista Malgretum,

Je te remercie de me servir des arguments sur un plateau car, tout comme le lion, je préfère paresser dans l'herbe en regardant passer les phacochères, activité (ou devrais-je dire passivité) éminemment propice à la méditation, que de bouger mon popotin à la recherche d'arguments, qui vous échappent parfois plus vite qu'une antilope.

Car c'est me servir un argument tout chaud sur un plateau que de souligner que ce n'est que pour répondre aux objurgations de Nala que Simba se met en tête "de revenir au pouvoir, de montrer qu’il est un homme". Cela tend à prouver que le mâle ne devient macho que pour complaire à la femelle et je n'hésiterais pas à voir en cela l'origine du cycle de vendetta, pour parler comme les anthropologues, qui dure depuis la nuit des temps non seulement au sein de l'espèce humaine mais dans le règne animal tout entier. Ce n'est que pour répondre à l'injonction "Sois un homme, un vrai" (sous-entendu : mors-y-l'oeil) que l'homme sort de sa torpeur naturelle. Disons-le encore une fois : laissé à lui-même Simba se serait contenté de couler des jours heureux allongé dans la savane à machouiller un brin d'herbe, brisant ainsi ce cercle infernal de la violence. C'est pourquoi je n'hésiterais pas à dire qu'il y a dans le mâle quelque chose non seulement de bouddhique mais même de christique.
Amen

OPTIMISTA MALGRETUM a dit…

Et voilà l’exemple parfait de la mauvaise foi de Maratele comme je l’avais prédit.

Rappelons le contexte historique de la fuite de Simba : le royaume est à feu et à sang, Scar le dictateur, le typran, vient de prendre le pouvoir par la force, aidé par son armée de hyènes. Simba ne renonce donc pas au pouvoir parce qu’il est un doux rêveur et qu’il préfère regarder le cycle des saisons en déclamant des alexandrins, non, Simba persuadé d’être coupable de la mort de son père part se planquer loin de son pays, histoire de s’oublier un peu.

Imaginons un instant le Général de Gaulle devisant dans la douce campagne française, en chantant Hakuna Matata avec des compagnons de route à moitié crétins, et cela nous donne une idée de ce qu’aurait été le mouvement de la résistance...

Nala, c’est la conscience de Simba, c’est celle qui sait dire à ce jeune névrosé qui passe ses journées à se battre les flancs en geignant «j’ai tué mon père, j’ai tué mon père», c’est celle donc qui éveille la conscience politique de Simba en lui disant avec le calme de la femme mûre prête à sacrifier son amour pour sauver la patrie : «Simba, cesse cette pantomime ridicule du lion qui souffre, c’est sur toi que tu pleures, c’est sur tes faiblesses que tu t’attendris, relève la tête Simba, pense à ton peuple, sois un homme...» mais dans ce «sois un homme» il y a toute le noblesse du mot Homme, il y a l’idée que Simba doit retrouver sa dignité d’homme, ce n’est pas un combat de coq qui se joue, c’est un combat pour la liberté, c’est la force de l’homme contre l’oppresseur.

AG n° EVD069 a dit…

Chère Optimista Malgretum,
il était fatal que cet échange, en se prolongeant, finisse par vérifier la loi de Godwin.
Nous y sommes, ou c'est tout comme, avec l'invocation du Général De Gaulle (= résistance = antinazi etc.).
Jeu, set et match à bibi!

OPTIMISTA MALGRETUM a dit…

Non Maratele, pas vous, pas la loi Godwin comme argument pour fuir le débat ! C'est bien un truc de mec ça tiens !
Mais comme je suis une femme et que pour moi l'important est bien plus de participer que de gagner, Je préfère en effet vous laisser le point afin que vous puissiez tranquillement savourer votre petite victoire !
Pfff !